Le Comité Jean Pain de Madagascar :
présentation de l'O.N.G.
et du projet
1 Introduction au contexte
Le simple projet de construire le développement et la prospérité sur base de l'autosuffisance alimentaire pose, dans le sud, des problèmes difficiles à surmonter qui ont une cause écologique. En outre il ne faudrait pas avoir à choisir entre d'une part durabilité et respect de l'environnement et d'autre part les besoins alimentaires immédiats des populations.
Face à ces problématiques, le CJPM apporte des solutions concrètes.
1.1 Problème de fertilité des sols tropicaux
Les méthodes culturales de l'agriculture moderne ne conviennent pas aux pays du Sud, entre autre pour des raisons d'ordre écologiques qui se rapportent au cycle de la matière organique dans l'écosystème.
En climat tempéré et froid, les cycles biologiques sont lents, les nutriments utiles aux plantes sont stockés durablement, entre autre dans la matière organique du sol. Cette matière organique a une longue durée de vie et participe à la cohésion physique du sol, ainsi qu'aux équilibres biologiques et nutritionnels des plantes.
Les labours profonds et l'apport d'engrais chimiques active la dégradation de la matière organique ; ce qui, à long terme, peut entraîner une érosion massive du sol. Toutefois, la durée de vie de cette matière organique peut atteindre plusieurs centaines d'années.
D'autre part, des teneurs importantes en argiles, sont responsables de l'importante Capacité d'Echange Cationique (C.E.C.) de nos sols, ce qui permet une rétention convenable des nutriments.
Ceci explique pourquoi l'agriculture intensive basée sur l'utilisation d'engrais chimiques, de pesticides et sur une forte mécanisation, est relativement bien tolérée par nos sols.
On peut aussi dire que la richesse des écosystèmes tempérés et froids se trouve dans le sol.
En condition tropicale, la minéralisation et les cycles biologiques (dépendant de la température) sont très rapides. La richesse se trouve donc condensée dans les plantes et non pas dans le sol. Dans la forêt, lorsqu'une feuille ou une brindille tombe à terre, les éléments nutritifs qu'elle contient sont immédiatement récupérés et réabsorbés par les arbres au moyen, entre autre, de champignons symbiotiques. Dans un sol brûlé et privé de son couvert végétal, ces mécanismes ne sont plus opérants et les éléments nutritifs sont rapidement perdus, le sol perd alors également sa cohésion physique et sa capacité à régénérer ses circuits biologiques.
Si il est cultivé de façon brutale et sans plus d'apports organiques, le sol qui portait une forêt luxuriante, peut perdre toute fertilité en quelques années.
En conséquence, on observe en conditions tropicales, après 3 à 5 ans de culture intensive, que le sol n'est plus capable de retenir les nutriments, ni d'héberger les micro-organismes symbiotiques des plantes, il est alors sujet à une érosion massive, les particules minérales elles-mêmes, sont entraînées vers les cours d'eau et vont obstruer les barrages.
Il ne reste plus alors à l'agriculteur itinérant qu'a défricher et/ou à brûler une autre parcelle de forêt.
La culture sur brûlis implique un gaspillage énorme de nutriments et d'énergie, cette pratique réalisée au cœur d'une forêt par un petit nombre d'autochtones ne suscitera pas trop de dégâts, une forêt secondaire repoussera. Réalisée à grande échelle, en bordure de forêt elle risque toutefois d'occasionner des dégâts irréversibles et d'entraîner la disparition définitive de la forêt nourricière.
Dans ce contexte, une voie particulièrement prometteuse consiste à baser sur des apports organiques au sol, le développement d'une agriculture durable susceptible de répondre aux défis démographiques et environnementaux. C'est cette voie que le CJPM prône et met en pratique depuis plusieurs années à Madagascar.
La perte de fertilité et la dérive des sols agricoles est un problème majeur à Madagascar car la production diminue dangereusement pour ne bientôt plus suffire à une population grandissante au rythme d’une démographie qualifiée de galopante.
L’utilisation de matières organiques (fumiers, compost, …) pour fertiliser les terres agricoles est une pratique traditionnelle qui a fait ses preuves. Malheureusement, le volume et la qualité des fertilisants produits sont très largement insuffisants pour maintenir une productivité raisonnable sur l’ensemble des surfaces des exploitations de base.
En effet la pauvreté des agriculteur s'additionne d'une certaine insécurité relative à l'élevage (vol de bœufs, maladies), en conséquence le bétail est rare et le fumier est disponible en très faibles quantités.
Les capacités de régénération naturelle de l’environnement ont été dépassées, les ressources productives se dégradent provoquant une diminution des revenus agricoles amenant de plus en plus souvent les paysans à migrer temporairement à la recherche de travaux saisonniers ; ceci provoque une déstructuration des communautés rurales.
Bon nombre d’exploitations déclinent d’année en année car elles ne parviennent plus à rassembler les moyens de productions indispensables à leur pérennisation.
Force est de constater que malgré un savoir-faire et des compétences réelles en matière d’agriculture, les paysans maîtrisent mal le processus de production dans son ensemble. Les contraintes majeures se situent au niveau des capacités de gestion des moyens de production ainsi qu’au niveau socio-organisationnel (difficultés à s’associer entre paysans pour des projets communautaires d’intérêt économique; par exemple l’accès au crédit).
Suite à la pauvreté des sols ou à leur grande fragilité (une culture sur brûlis n’est rentable que 2 ou 3 ans), suite à une démographie galopante qui implique une surface cultivable par habitant en régression constante, le comportement des populations rurales pour lutter contre l’appauvrissement a des conséquences fâcheuses :
- déforestation pour gagner de nouvelles terres plus fertiles (feux de brousse incontrôlés et dévastateurs);
- surexploitation des forêts pour obtenir des rentrées monétaires immédiates (charbon, bois);
- exportation de la main-d'œuvre locale vers la côte.
- exode rural, abandon de l'agriculture.
- érosion amplifiée par les déboisements ainsi que par l'abandon de terres dégradées et laissées sans couvert provoquant l’ensablement des rizières, perte de fertilité rapide des terres en pente par lessivage et la destruction des voies d'accès.
- capital eau disponible en nette régression (tarissement de sources et de cours d'eau) multipliant les échecs à cause du non respect du calendrier agricole.
La région Est de Fianarantsoa (où se déroule actuellement un projet du CJPM) est densément peuplée et la quasi-totalité des bas-fonds cultivables est occupée. Les possibilités d’extension de la riziculture, base de la production, sont donc très limitées. L’extension des surfaces cultivables se fait, par conséquent, sur les tanety (collines), au détriment de la forêt, encore bien présente dans cette zone (reboisement de la Haute-Matsiatra - années 60). Les collines défrichées sont particulièrement sensibles à l'érosion diluvienne.
2 Le Comité Jean Pain de Madagascar
La politique générale de l'ONG comprend deux axes :
- d'une part le développement d'une agriculture durable sur base d'itinéraires techniques de fertilisations organiques utilisant une biomasse végétale produite localement ;
- d'autre part la création d'infrastructures de soutien, économiquement viables, gérées et reprises à moyen terme par des entrepreneurs locaux en contact étroit avec le monde paysan.
Le Comité Jean Pain de Madagascar est issu de l'a.s.b.l. Comité Jean Pain International, située en Belgique.
2.2.1 Le Comité Jean Pain International
L'a.s.b.l. belge "Comité Jean Pain", du nom d'un autodidacte français, inventeur du compost de broussailles au début des années ‘70, a une vocation internationale dans le développement de la technologie du compostage des matières organiques et en particulier des matières ligneuses (compost de broussailles).
Crée en 1978, et grâce à son président-fondateur, Frederik Vanden Brande, le Comité Jean Pain dispose d'un chantier de démonstration et d'expérimentation de plus de un hectare situé à Londerzeel, en Belgique. Depuis 1994-1995, il s'est spécialisé dans la démonstration et la formation à la pratique du compostage individuel.
Le Comité Jean Pain forme, informe et met en œuvre le compostage démonstratif ; joue le rôle de centre de rencontre sur le thème du compostage ; met à disposition une riche documentation technique et scientifique, des compétences et de nombreux contacts ; il organise des expérimentations et suscite des travaux universitaires ; il édite aussi une revue internationale (Humus News) et participe à des projets de développement. Son activité principale est la formation.
Ces formations ainsi que les activités de vulgarisation sont dispensées dans le cadre de conventions passées avec l'I.B.G.E., l'A.G.C.D., le F.I.D.A., la F.A.O., l'O.V.A.M., les communes, intercommunales et universités de Belgique.
2.2.2 Le Comité Jean Pain de Madagascar
Après avoir initié pendant 5 ans, au sein d'une ferme école, de jeunes cultivateurs Tchadiens aux méthodes de compostages diffusées par le Comité Jean Pain, vu les résultats obtenus et fort de l'expérience acquise, Stéphane Hamptaux (belge), son épouse Sylvie Hamptaux (canadienne) et David Sanchez (Français) ont entrepris de monter une ONG visant le développement par la fertilisation organique à Madagascar. Dès le départ, ils se sont adjoint Harison Ravalomanana et Jean Louis Rokomanana (technicien et ingénieur Malgaches).
Ils trouvèrent sur l'île des conditions socio-économiques difficiles, une biomasse abondante mais mal gérée et des sols sujet à l'érosion et à une baisse de fertilité aux conséquences dramatiques.
L'ONG sœur de l'a.s.b.l. de Belgique est maintenant bien implantée à Madagascar. Elle a pu intéresser de nombreux paysans à ces itinéraires techniques, elle assume un rôle d'expertise et de formations auprès d'autres institutions, elle a suscité et encadré la création de plusieurs mini - entreprises locales.
Le Comité Jean Pain de Madagascar existe depuis 4 ans, il est une ONG reconnue par le gouvernement Malgache.
2.3 Réalisations et collaborations
Le CJPM collabore avec l'APVC (Association Protestante des Volontaires à la Coopération) pour le financement des 3 coopérants sur place.
Le CJPM forme et sensibilise les paysans malgaches aux techniques de fertilisations organiques de l'a.s.b.l. belge de même nom, elle ne reçoit pas de soutien financier de cette association ; la parenté entre les deux associations se situe à un niveau conceptuel et non pas budgétaire.
Le CJPM a introduit à Madagascar une technique canadienne de fertilisation par épandage et incorporation directe de biomasse broyée. Dans ce cadre, il a bénéficié du soutien technique de l'université de Laval, Québec et du soutien financier de la Mission Canadienne de Coopération. Les premiers résultats sont très prometteurs.
Le CJPM met également au point ses propres techniques et ne délaisse pas les solutions non mécanisées. Il cherche à vulgariser, quand cela est possible, des méthodes de production de fertilisants organiques à hauts rendements comme le parc à bœufs amélioré.
Le CJPM a mis en place un atelier local de conception de broyeurs motorisés, le but est de produire sur place des machines haut débit, susceptible de transformer la biomasse végétale en fertilisant. L'atelier construit les broyeurs nécessaires aux projets, les prototypes et leurs fabrication sont optimisés afin de permettre le transfert de cette technologie au sein d'entreprises locales. Un broyeur 22 cv a été construit, 3 broyeurs 10 cv sont en construction afin d'assurer la continuité du projet Tany Lonaka, plus de 30 demandes pour des broyeurs ont été introduites par des intervenants locaux.
Une action-test a été réalisée (1994), elle visait à mettre en place une plate-forme de lancement pour un projet de fertilisation organique avec des groupements paysans de la région de Fianarantsoa. Les activités de production de compost à partir de broussailles (broyage mécanique) et d’utilisation de celui-ci ont permis d’adapter et de démontrer le réel potentiel d’une fertilisation organique bien gérée. Les 15 groupements encadrés dans cette action ont obtenu de nettes améliorations de rendement sur les parcelles qui ont été fertilisées avec du compost.
Cette action test a débouché sur le Projet Tany Lonaka (terre fertile) qui comprend :
- la création d'une micro-entreprise rurale capable de fournir des services de broyage de biomasse, de fourniture de semences et de conseils à 50 exploitations agricoles de proximité ;
- l'appui des exploitations agricoles de petite taille par la formation des paysans aux techniques de fertilisation organique, la subvention du broyage et de l'achat de semences, l'incitation à la création de banques de biomasse ou à l'entretien et à la gestion durable des surfaces boisées existantes ;
- la recherche et le développement des itinéraires techniques les plus adaptés à la région.
Une parcelle de démonstration est entretenue à côté des bureaux du CJPM, elle est ouverte au public chaque premier samedi du mois et sinon sur rendez-vous.
L'ONG s'est équipée d’un laboratoire d’analyse des sols (en partenariat avec le projet Lova Soa de la Coopération Suisse) dont le rôle principal est de suivre l’évolution de la fertilité sur différentes parcelles types.
L'ONG a soutenu la réalisation d'un mémoire de fin d'étude réalisé par une étudiante d'agronomie d'une université locale.
Une projet de journal d’auto-formation paysanne (bimestriel de 20 pages - 1500 exemplaires - premier numéro en juillet 97) est en phase d'autonomisation. Il a été réalisé en partenariat avec le Projet Lova Soa, le Projet CAP de USAID et l’ONG malgache TAFITA.
Plusieurs formations ou ateliers ont été réalisées pour d'autres organismes de développement et pour les paysans de la région de Fianarantsoa, notamment en collaboration avec l’école de foresterie (EASTA - IBOAKA).
En 1999, le CJPM affiche le bilan très positif de ses actions. Son implantation à Madagascar, ces infrastructures bien rodée et son expérience du terrain en font la plate-forme idéal pour des actions de plus grande ampleur que précédemment.
9 travailleurs locaux sont actuellement employés par l'ONG :
- Une Ingénieur agronome
- Un animateur / superviseur
- Un mécanicien
- Deux ouvriers
- Une secrétaire
- Deux rédacteurs (journal paysan)
- Un informaticien spécialisé en PAO (journal paysan)
Des contacts ont été pris en vue de l'engagement d'un animateur malgache pour le journal et d'un ingénieur expatrié, spécialisé en fertilisation organique.
Des bureaux loués.
Un terrain de démonstration de 3 ares, jouxtant les bureaux, loué également.
Un broyeur 22 cv (+ 3 broyeurs 10 cv).
Un véhicule tout terrain + un cyclomoteur.
Matériel informatique : un portable (perso) et une chaîne de PAO complète avec duplicopieur haut débit en fin de chaîne. Un outillage minimum pour l'entretien des machines.
Un labo sol.
Plusieurs essais ont pu être réalisés :
patate douce immédiatement après incorporation de B.R.F. (biomasse broyée non compostée) (Rendements = +70% / parcelle témoin).
Régénération au compost d'une parcelle considérée comme perdue par les paysans : culture de maïs sur parcelle traitée, pas d'épis sur le témoin.
Une action test a eu de nombreuse répercutions positives :
Le CJPM a appuyé depuis 1994, 15 groupements paysans d’environ 10 exploitants, de la région Fianarantsoa. Les actions se sont centrées sur la production de compost de broussaille et rejets d’eucalyptus avec une machine-broyeur et à l’utilisation de celui-ci sur les cultures de contre-saison (500 mètres cube produits). Les appuis apportés par CJPM ont été le broyage, l’encadrement et la formation, la fourniture de semences de pomme de terre F2, de semences pour planter des " banques de biomasse " et les aménagements en courbes de niveau.
Cette action-test a permis d’obtenir toute une série de résultats importants pour la suite des actions dans la région :
- nette amélioration des rendements sur les parcelles fertilisées au compost (la plus grande partie du compost a été utilisée sur les rizières en contre-saison pour des cultures de pomme de terre - rendement 150% . La riziculture profite des arrières-effets de la fertilisation au compost - rendement 200%); Les groupements encadrés n’ont pas exporté leur main-d’oeuvre vers la côte cette année car les réserves étaient suffisantes.
- Désir exprimé des paysans de produire plus de fertilisants organiques.
- Désir de beaucoup de paysans de la région de s’associer aux actions (le CJPM ne peut répondre à toutes les demandes…).
- Prise de conscience des paysans de devoir planter des arbres et arbustes gros producteurs de biomasse pour pouvoir produire plus de produits fertilisants. Le processus est enclenché et quelques groupements ou exploitants individuels ont commencé à planter des " banques de biomasse " (principalement Tephrosia - Crotalaria - Flemingia).
- Prise de conscience des paysans de la valeur de toute biomasse --> protection contre les feux par le débrouillage forestier et l'abandon de la technique de culture sur brûlis.
Une micro-entreprise de broyage et fourniture de semences a été créée, elle emploi 3 personnes.
1500 m3 de biomasse ont été broyés la première année et 4 paysans ont été formés à la production de semences de pomme de terre.
Plusieurs itinéraires techniques ont pu être exploités :
- compostage puis utilisation pour fertilisation de cultures de contre-saison ou plantation d’arbres ( 950 m3 qui ont donné 475 m3 de compost mûr -> 9,5 hectares fertilisés) ;
- déversage des branchages dans les parcs à boeufs puis compostage avec les déjections (300 m3 déversés qui ont permis d’obtenir 300 m3 de fumier-compost de très haute qualité --> 6 hectares fertilisés);
- utilisation en incorporation directe (méthode des BRF) (250 m3 --> 1 hectare fertilisé sur les spéculations suivantes : vigne, patate douce, manioc).
10 500 arbres en pot, achetés en pépinière ont pu être plantés pour constituer des banques de biomasse. On a pu réaliser 20 km de haies de téphrosia en semis direct.
1880 souches d'eucalyptus sur 2 parcelles représentant plus d'un hectare ont été recépées, ce qui permet une régénération très efficace des peuplements.
150 paysans se sont impliqués dans le projet, dont 100 ont été encadré du début à la fin (en moyenne, un paysan a 7 personnes à charge : 2 parents, 4.5 enfants, 0.5 personne âgée).
Plusieurs formations ont pu être réalisées : culture de contre-saison (principalement pomme de terre) = 5 sessions (150 personnes en tout) ; recépage théorique et pratique de l’école de foresterie (EASTA - IBOAKA): 14 paysans ; recépage sur site de travaux : 25 paysans ; gestion forestière : 2 sessions - 25 participants ; plantation d’arbres, BRF, parc à bœufs.
En 10 mois, 15 000 exemplaires du journal paysan ont pu être distribués.
Un broyeur gros débit (20 m3/j) à pu être mis au point et trois autres sont en phase de construction.






