AGGRA.ORG

Améliore ton sol grâce au BRF pour produire plus aujourd'hui et demain

  • Augmenter la taille
  • Taille par défaut
  • Diminuer la taille
Home Reportages sur le BRF Le CTA, centre de référence du BRF

Le CTA, centre de référence du BRF

Envoyer Imprimer PDF

Comment tout à commencé

Après un stage au Canada et plusieurs années d'échanges avec les passionnés du BRF à un niveau mondial, de soumission de projets à un niveau régional, il n'y avait toujours rien à montrer. Pas de champs d'essai, pas d'agriculteurs sur BRF, que quelques belles initiatives à petite échelle. Il y avait aussi beaucoup de questions en suspens, beaucoup d'affirmations sans réels fondements. A cette époque là, il y avait comme une atmosphère de suspicion, les gens voulaient garder leurs secrets, certains voulaient peut-être breveter le BRF ou faire passer leurs projets de recherches en premier, au détriments des autres. Ça faisait un peu panier de crabe, et il n'y avait pas beaucoup de crabes et rien à manger pour eux, pas très digestes les petits morceaux de bois...

Puis, on en a eu marre, on s'est dit qu'il fallait s'ouvrir, donner toute l'information à tous le monde et se battre pour qu'il y ai quelque chose à montrer, quelque chose en 3d (3 dimensions), on voulait voir les maïs pousser, on avait envie de voire les blés jaunir et de récolter des pommes-de-terres sur BRF.

Certains sont restés crabes mais il y a eu aussi quelques belles rencontres, des gens loyaux qui y croient et qui veulent que ça avance.


Toute l'histoire du BRF et du CTA


Rencontre au CTA

Le Centre des Technologies Agronomiques

Le Centre des technologies agronomiques de Strée est une petite structure de recherche publique qui dépend directement de la Communauté Française de Belgique (enseignement). Le CTA dispose d'installations uniques en Wallonie comprenant des labos, auditoires, salles de cours, bureaux, hall de génie civil, logements, cantine et surtout une ferme expérimentale de 55 ha et plus de 100 bovins attenante aux bâtiments. Début 2000, je suis contacté par un professeur de l'Isi, l'école d'agronomie de Huy, située à proximité du CTA. Paul Warnant me présente au directeur du CTA et, après avoir supervisé ensemble un travail de fin d'étude sur le BRF, nous décidons de soumettre un projet de recherche. Si le CTA a pour compétence principale l'appui à la formation, il a des missions complémentaires : les services à la collectivité et la recherche. Les recherches doivent toutefois être financées par la Région Wallonne qui en a la compétence.


Un premier test


C'est ainsi qu'en 2002, au Centre des Technologies Agronomiques, à Strée, près de Huy – Belgique,

Incorporation du BRF au chiselnous avons testé le BRF en grande culture pour la première fois. Il fallait d'abord un peu se rassurer et savoir comment épandre le BRF à grande échelle. Il aurait fallut une semaine pour épandre 40 m3 à la brouette, avec l'épandeur du CTA, c'était fait en une heure. Après l'épandage, un coup de chisel et le BRF était relativement bien incorporé, pas mal pour un début.


 

 

 

 

Un projet de recherche appliquée en grande culture

En 2004, Christian Marche, le directeur du CTA, finit par convaincre le ministre de l'agriculture et la Direction Générale de l’Agriculture de la Région Wallonne qui décident de soutenir notre projet.

Christian Marche me propose alors de diriger le projet.

Nous avons alors développé et adapté le BRF aux conditions et au contexte de la Wallonie. Nous avons mis en place plus de 7ha d’essais selon la technique canadienne. Nous l’utilisons également en litière d’élevage ou pour stabiliser le passage des bêtes. D’autre part, le BRF est aussi très utile en mulch, dans le cadre des Mesures Agri-Environnementales (MAE), on utilise le BRF en couche protectrice pour implanter une haie agricole ou pour protéger le pied des arbres fruitiers.

La technique « BRF » est assez simple, on incorpore aux premiers centimètres du sol ces branches d’arbres feuillus, fraîches et broyées finement. Il s’en suit uLabo d'analyses de sol au CTAne très forte stimulation de la vie du sol, principalement les champignons, les petits insectes, acariens et collemboles qui se nourrissent de ces champignons et les vers de terre. Tous ces organismes jouent un rôle important dans la gestion de la fertilité des sols. Ils interviennent également dans la lutte contre l’érosion, notamment en consolidant les agrégats de sol et en facilitant l’infiltration de l’eau.

L’activité des organismes du sol transforme ensuite le BRF en humus, avec cette technique on peut augmenter le taux d’humus ou de matière organique dans les sols beaucoup plus rapidement qu’avec les techniques traditionnelles. Or, selon de nombreuses études scientifiques, le taux de matière organique est bien corrélé à la stabilité des agrégats de sol. Cette matière organique intervient dans la formation de « liens argilo-humiques ».

La matière organique du sol est aussi un réservoir de nutriments pour les plantes. L’azote et les autres nutriments, immobilisés dans l’humus, sont protégés contre le lessivage.

Dans un sol naturel des interactions complexes entre les plantes, la matière organique et la vie du sol, limitent les pertes de nutriments.

Grâce au BRF, nous pouvons utiliser ce système naturel pour protéger les nappes phréatiques des pollutions aux nitrates.

Le BRF s’inscrit bien dans une approche « non-labour ». En effet, les agriculteurs qui pratiquent les techniques culturales simplifiées (TCS), savent gérer la matière organique en surface, ce qui est nécessaire à l’approche BRF. Ils désirent généralement augmenter leur taux d’humus afin de pratiquer une meilleure agriculture, performante et respectueuse de l’environnement. Dans ce contexte, le BRF permet de très rapidement restaurer les équilibres d’une terre appauvrie. Il peut aussi être épandu durant les déchaumages afin de piéger les nutriments qui pourraient se perdre en arrière saison et de maintenir le taux d’humus.

Le BRF intéresse particulièrement l’agriculture biologique. En effet l’apport du BRF permettrait de multiplier par deux ou par trois la surface cultivée en bio, en Wallonie, tout en répondant mieux à la demande du marché. C’est pourquoi, en collaboration avec le Centre d’Essai Bio (CEB), nous avons proposé à la Région Wallonne de mettre en œuvre le BRF chez une dizaine d’agriculteurs motivés par cette technique naturelle. Malgré l'enthousiasme des agriculteurs, la Région n'a malheureusement pas donné suite et nos financements se sont arrêtés.

Le BRF, adopté au CTA

Après l'arrêt de nos financements, nous avons continués à utiliser le BRF dans nos itinéraires techniques. Un dispositif expérimental de 2 ha, comprenant 3 traitements BRF et trois témoins, continue à être suivi depuis 2005, en grandes cultures. Il peut être l'objet de mesures sur l'impact à moyen terme du BRF. Dans le cadre de stages ou de travaux de fin d'études, nous réalisons des études additionnelles. Le CTA organise aussi des formations et visites sur demande.


Comment y est-on arrivé - Les étapes du projet

Les fondements

Depuis 1996 j'étais passionnés de BRF, alors les fondements de la méthode, ça me connaissait. J'avais d'abord ingéré la copieuse littérature du Prof. Lemieux, pour finir par lui rendre visite et rencontrer les pères fondateurs du BRF. A cette occasion, j'avais fouillé dans sa réserve d'articles et j'avais trouvé quelques très intéressantes publications scientifiques parues dans Canadian Soil Sciences Journal entre les années 80 et 90. Ces articles ne disaient pas tout à fait la même chose que le professeur Lemieux et ils s'appuyaient sur des expériences en champs très bien suivies. Je ne comprends toujours pas pourquoi il a choisi de les ignorer, peut-être les incompréhensions de castes entre le forestier qu'il était (bois, polyphénols, écosystèmes autonomes) et les agronomes (fertilisation, azote, rendements) qui avaient écrits ces papiers.

J'avais en tout cas envie d'apprendre par moi-même qui avait raison et comment faire pour que ça fonctionne.


Premier problème : où trouver le BRF ?

Le projet devait démarrer mais où trouver le précieux BRF ?

Nous nous étions engagés à faire un dispositif expérimental d'au moins un ha dont un quart ne devait pas recevoir de BRF car il s'agissait du témoin. Les doses canadiennes étaient généralement comprises entre 200 et 300 m3/ha. Il fallait donc trouver environs 200 m3, soit 3 très gros camions de BRF.

Livraison de 80 m3 de BRFJe pris le bottin et je passait alors quelques coups de téléphone aux élagueurs et entreprises de jardins. Je me rendis compte que ces entrepreneurs ne produisaient généralement pas plus de 100 m3/an. Je finis toutefois par me faire livrer quelques dizaines de m3 contre le défrayement du transport. Pas simple d'avoir ce qu'on veut quant on le veut, à grande échelle. Nous nous sommes alors tourné vers Intradel, une société Intercommunale (entre le publique et le privé) qui gère les déchets sur la province de Liège. Intradel dispose notamment d'un centre de tri-broyage qui n'accepte que les branches, à Soumagne. Ils acceptèrent de séparer sommairement les feuillus des résineux.

Intradel, qui soutenait notre projet depuis le début, devint notre partenaire et nous fournira des milliers de m3 au cours du projet.

Quels outils pour incorporer : synergie avec le non-labour

La deuxième question qui vient immédiatement est évidement : comment incorporer le BRF. Pour qu'il se décompose, il faut qu'il soit incorporé dans les 5 à 10 premiers centimètres du sol, zone aérobie à forte activité biologique. Pour éviter les problèmes sur la culture (faim d'azote localisée ou difficulté à semer) il faut incorporer le BRF aussi régulièrement que possible. Ces contraintes ne sont pas si évidentes à rencontrer, le labour par exemple, enfuirait le BRF trop profond. Un outil à dent, peut caler si la dose de BRF est élevée, une couche de mulch de BRF demeure alors en surface et rend le semis compliqué sans un semoir à disque (matériel cher et peu répandu).

Heureusement les agriculteurs en non-labour ou en Techniques Culturales Simplifiées ont depuis longtemps étudiés ces questions. Les outils existent pour permettre cette autre agriculture qui se nomme parfois « agriculture du carbone ».Incorporation du BRF avec un combi fraise - décompacteur

Après avoir fait venir quelques experts en non-labour, nous avons pu déterminer que l'outil idéal était un combiné entre une fraise à couteau droit et un décompacteur à pattes d'oies. La fraise est un outil animé qui ressemble à un gros motoculteur, le décompacteur permet de soulever le sol sans perturber les horizons. Après avoir épandu le BRF, on passe l'outil combiné, une vague de sol est soulevée et aérée par les pattes d'oies et le BRF est idéalement incorporé par la fraise. La terre est alors prête à être semée immédiatement, sans autres opérations.


Pressé par le temps : un premier dispositif en grandes cultures est mis en place

Comme il y a de moins en moins de budget pour la recherche agronomique, de nos jours on doit pouvoir clôturer un projet en 2 ans. Les saisons avancent et il n'est pas permis de rater une date de semis. C'est pourquoi, sans testes préliminaires supplémentaires, nous avons démarré la mise en culture du dispositif en mars 2004.

Ceci n'était pas idéal car les sols limoneux que nous cultivons sont gorgés d'eau au printemps et les parcelles ne sont pas très accessibles. Nous avons profité d'un sol plus ou moins gelé et donc portant pour réaliser les épandages. Mais nous avons tout de même réalisé des tassements du sol et on a vu encore pendant un an, les traces du tracteur dans les cultures. Ce problème de tassement du sol lors des épandages est une très bonne raison de réaliser ces derniers en été, après récolte de la culture, sur un sol sec et portant. 

Ensuite, comme nous n'avions à l'époque aucunes données pertinentes pour caler la fertilisation, nous avons apporté les engrais et lisiers au jugé, avec plus ou moins de bonheur. Parfois les plantes ont un peu souffert d'un manque d'azote, parfois elles n'ont pas pu prélever tout l'engrais qui s'est alors infiltré.

Le dispositif comprenait deux bandes BRF + fertilisation azotée, une bande témoin sans rien et une bande avec rien que du BRF.

Nous avons pu constater de façon indiscutable que les cultures poussent moins bien et donnent de moins bons rendements sans fertilisation azotée complémentaire. Auparavant, certains auteurs affirmaient que la faim d'azote consécutive à l'incorporation du BRF dans le sol s'estompait avec le temps, ce n'est pas ce que nous avons constaté. Après quelques mois ou après un an, les cultures de la bande BRF seul souffrait du manque d'azote.

Perpendiculairement aux bandes de traitement, le dispositif était divisé en 4 sous blocs portant chaqu'un une rotation culturale différente : orge – engrais vert – pomme de terre ; prairie – prairie ; maïs – froment ; maïs – maïs.

La moyenne des analyses de sol sur ces dispositifs nous a fournit une bonne idée de l'évolution du BRF dans le sol dans une situation de culture moyenne en Wallonie.

D'autre part, nous suivions l'azote minéral et la vie du sol par des prélèvements tous les deux mois, ce qui s'est avéré fort utile pour comprendre les mécanismes.

Effet des tassements sur une culture d'orge

Quand il y a quelque chose qui t'embête, essaye de l'utiliser

La question de l'azote a d'abord donné lieu à une approche linéaire par les premiers expérimentateurs canadiens : « Ha le BRF pompe de l'azote, bon il faut en rajouter alors, mais l'azote ça coûte cher, dommage. » Il faut dire que les préoccupations environnementales n'étaient pas encore très présente en agriculture à cette époque. Depuis, les choses ont bien changées, tant et si bien qu'en Europe, bastion ultime du productivisme agricole, la première contrainte pour nos agriculteurs est aujourd'hui la protection de l'eau. Dans ce contexte, nos agricultures sont montrées du doigt et fortement contraintes car les engrais azotés (engrais chimiques ou de ferme) mis en excès s'infiltrent sous forme de nitrate qui pollue les nappes phréatiques. Piéger le nitrate devient donc un but tout à fait louable pour le BRF. Au lieu de voir cette propension à capter de l'azote dans le sol comme un défaut, nous nous sommes dit que c'était un outil au service d'une agriculture plus respectueuse de la nature. Au lieu de nier le phénomène comme l'a malheureusement fait le professeur Lemieux, nous avons cherchés alors à le comprendre et à le mesurer afin de pouvoir s'en servir.Avec (derière) et sans azote (devant) la différence est flagrante

Nous avons alors mis en place des dispositifs comprenant différentes doses d'azote et de BRF afin de déterminer les quantités exactes qui étaient immobilisées par le BRF. Nous avons complétés ces mesures par les analyses de sol et de micro-organisme afin de mieux comprendre le phénomène.

Nous avons alors établit une loi qui nous permet de déterminer combien les micro-organismes du sol captent d'azote immédiatement après l'incorporation du BRF. Une autre loi permet ensuite de déterminer combien d'azote sera, à terme, stocké dans l'humus formé par le BRF.

Grâce à ces lois, on peut prévoir une fertilisation organique qui marchera avec rendement maximum garanti dès la première année, qui ne polluera jamais les nappes phréatiques et qui permettra d'améliorer très rapidement le sol en stimulant la vie qui s'y abrite et en augmentant les taux d'humus de façon spectaculaire.

Ces techniques débouchent sur de nouvelles pistes comme la récupération de l'azote qui reste après les cultures ou la combinaison du BRF et d'une culture de légumineuse afin d'obtenir une fertilisation purement végétale, voire l'auto-fertilité à l'échelle d'une parcelle bordée de haies.


Le BRF à toutes les sauces

En si bon chemin, nous ne pouvions en rester là, nous avons alors décidé d'ouvrir le champs sur d'autres perspectives pour le BRF.

BRF sur le parcours du bétailNous avons d'abord fait ce que la plupart des agriculteurs sont tentés de faire si il leur tombe un peu de BRF dans les mains : ils le passent à l'étable. Ici aussi nous avons chiffré et déterminé l'équivalence entre la paille et le BRF. Nous avons aussi utilisé le BRF pour piéger l'azote qui se perd sur les parcours du bétail.

Nous avons aussi testé l'efficacité du BRF pour le paillage de nos jeunes haies (4 km à planter !).

Enfin, nous avons montré que le BRF ne se biométhanise presque pas, ce qui impose un itinéraire aérobie.

Plusieurs étudiants sont venus nous épauler et ont pu déterminer des paramètres additionnels tel que l'influence sur la faune du sol ou l'impacte sur sa structure.


Le BRF à maturité


Parmi la dizaine de dispositif mis en place, un bloc de 2 ha a pu capitaliser toutes les bonnes idées depuis 2005 : 3 épandages réalisés en fin d'étés ; travail du sol en non-labour ; utilisation d'engrais verts ; calcul de la fertilisation ; combinaison BRF et luzerne. Ce dispositif est toujours suivi et peut donner lieu à des mesures sur l'impact à moyen – long terme du BRF.

 

Des grandes cultures sur BRF, c'est possible

 

Mise à jour le Mercredi, 17 Juin 2009 14:37  

Menu du site

Warning: Parameter 1 to modMainMenuHelper::buildXML() expected to be a reference, value given in /var/alternc/html/a/aggra2/libraries/joomla/cache/handler/callback.php on line 99